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  • Julie Lemaitre

"Lâcher prise". Oui mais comment?

Mis à jour : mai 6


Dessin: Gabrielle Descours



On s'imagine souvent que les profs de yoga sont des gens super zen pour qui le lâcher prise est un jeu d'enfant. Ce n'est pas du tout mon cas! J'ai eu besoin de faire du yoga justement parce que j'étais anxieuse et vite tendue. Le yoga m'a permis de m'apaiser mais cela reste un chemin et même si les outils du yoga me guident, je sais que réellement "lâcher prise" est une des choses les plus difficile du monde.

Nous avons tous des domaines où nous savons lâcher facilement et d'autre où l'on se crispe vite et l'où on s'accroche avec férocité.

Je crois que nous aimons tous et toutes avoir la sensation de maîtriser nos vie, de piloter notre navire. Mais le passage du pilotage souple au contrôle est rapidement fait. La société dans laquelle nous vivons, nous encourage dans ce sens: construire, gérer, se developer, réussir... . Cette incitation à être toujours en mouvement vers l'avant nous fait souvent perdre l'habitude de la posture inverse et complémentaire: s'arrêter, écouter, "laisser faire". Nous savons très bien conquérir, mettre au dehors, mais beaucoup moins accueillir, se rendre concave aux impressions du monde.

Or pour accoucher, il nous faut lâcher cette habitude de maîtrise. Pour certaines , cela peut être une épreuve ardue, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle. Car c'est avec notre partie féminine que nous lâchons, que nous captons, que nous recevons. Ce chemin de maternité est pour certaines l'occasion de ré apprivoiser le féminin en elles.


La maternité à été pour moi l'expérience la plus forte, la plus parlante en matière de lâcher prise. Et même si ça n'a pas TOUT transformé, même si je continue encore aujourd'hui à "ne rien lâcher" et à resister à un tas de choses. Je sais que mes expériences d'enfantement ont bouleversé profondément mes certitudes intérieurs, elles ont creusé en moi en espace d’accueil et d'amour dont je ne soupçonnais pas l'existence. Et même si je perds parfois le fil, si je résiste au flux de la vie, dés que je m'arrête, cette espace intérieur se révèle et m'aide à retrouver le souffle et à m'incliner face à la puissance de la vie.


Dans l'expérience de l'enfantement, quelque soi la préparation que l'on a fait, quelque soi notre motivation ou la force de nos intentions: ON NE PEUT RIEN MAÎTRISER! On ne peut que "Laisser faire".

Ma formatrice Martine Texier utilise une image que je trouve très parlante. Elle compare l’intensité des contractions à de hautes vagues de l'océan. Les dernières contractions sont comparables à des rouleaux immenses. Face à eux, aucune maîtrise n'est possible, si on affronte, on se fait immanquablement percuter de pleins fouet. La seule solution est de se laisser couler au fond de l'eau pour laisser passer la vague.


La première chose à savoir c'est que vous lâcherez prise beaucoup plus facilement lors de votre accouchement, si les conditions extérieurs sont optimales. C'est à dire rassurantes et confortables.

C'est un peu comme quant vous faites l'amour. Si vous vous êtes disputé dans la journée avec votre partenaire, si vous avez pleins de trucs en tête, si vous êtes dans un lieu où vous ne vous sentez pas en sécurité...ect votre expérience sexuelle risque de ne pas être très "transcendantale", parce que votre corps sera passé en mode "défense". Et bien pour l'accouchement c'est pareil.

La naissance est une expérience intime, comme l'acte sexuel, vous avez besoin pour vous ouvrir de tendresse, d'amour, d'intimité.

Vous avez besoin de vous sentir bien tout simplement. Car vous aurez beau vous booster mentalement, vous convaincre que tous se passera bien, si votre corps est passé en mode "défense" ,"résistance", le lâcher prise sera très difficile à atteindre.

Ces conditions optimales, sont autant extérieurs (lieu, entourage) qu'intérieurs. Dans le dernier trimestre de grossesse, vous êtes invité à faire le ménage, à vous délester des préoccupations. Ne gardez que l'essentiel et déléguer au maximum. Vous avez besoin d'être "vide" mentalement autant que vous êtes "pleine physiquement". Vous aurez bien le temps de "gérer" les choses, plus tard.


S'agissant des conditions extérieurs, les écrits du célèbre gynécologue Michel Odent détails parfaitement les processus et les besoins de sécurité de la femme qui accouche (Ces principes sont résumés par dans un superbe petit livre "les besoins fondamentaux de la femme qui accouche" de Ruth Ehrhardt).

Lorsqu'une femme accouche, c'est son cerveau limbique (primitif) qui est activé et qui gère le processus physiologique de l'accouchement. Ce cerveau, nous l'avons en commun avec tous les mammifères. Pendant l'enfantement, des programmes ancestraux, universel sont mis en action. Votre corps est programmé pour stopper l'accouchement si il perçoit un danger. Pourquoi? Imaginez une renarde qui accouche seule en forêt. Un prédateur approche, elle le sent. Le processus de la naissance est alors bloqué pour que la femelle puisse se déplacer et se mettre à l'abris. Là seulement le travail pourra reprendre.

Nous avons beau être sortis des cavernes depuis longtemps, ces systèmes sont toujours actifs en nous. Nous accouchons avec les mêmes programmes que tous les autres mammifères.

C'est pourquoi, vous aurez besoins du maximum de sécurité, de tendresse, de bien être, de chaleur pour que le processus de la naissance se déroule au mieux. Sans ça votre corps ne "lâchera" pas ou alors plus difficilement.


D'autre part, l'enfantement est l'occasion unique de découvrir que "Notre corps SAIT" et qu'on peut véritablement lui faire confiance.

Notre corps sait accoucher, il contient un programme parfait, inscrit dans nos cellules et dans notre cerveau. Un programme "mise au monde" qui fonctionne pour chacune d'entre nous si l'on ne lui met pas de bâtons dans les roues. Une comparaison un peu douteuse certes, mais parlante, me vient. C'est exactement comme un programme de machine à laver. On appuie sur le bouton et on laisse tourner. Si on arrête le programme toute les demis heures, qu'on ouvre pour voir si ça fonctionne bien, ça risque de prendre un chouillat plus de temps, voir de vraiment perturber le programme en cours et le fonctionnement de la machine.


Le secret c'est donc de passer par le corps. Car pour vivre cette expérience de la naissance, on ne peux pas "lâcher" mentalement.

Le travail se fait dans le corps. Et c'est là que le yoga ou tout autre art corporel va nous aider, car vécues régulièrement, ces pratiques vont nous ramener inlassablement dans nos sensations, dans l' intelligence instinctive de nos corps.

Notre tête veut comprendre le processus du "lâcher prise", mais c'est impossible! Seul notre corps peut le comprendre et le vivre. C'est un processus, comme tant d'autre, qui ne peut pas être intellectualisé, qui ne peut pas être mis dans les petites cases de notre mental.

SENTIR, SENTIR, SENTIR...se servir de cette capacité de captation de notre corps, qui est décuplé pendant la grossesse.

GOÛTER le monde avec les yeux, la bouche, la peau... Tous les sens ouverts.

C'est un des chemins vers le "lâcher prise". Car en captant le monde qui vous entoure, vous nourrissez votre corps, vous le rendez plus présent, plus puissant, au devant la scène qui est d'habitude occupé par les pensées, les idées.

Mais surtout, ne le faites pas en "bonne élève", par devoir. Vivez cette investissement de votre corps, de votre intelligence sensitive, amoureusement. Laisser vous toucher.

Le jour J ce sera le corps au commande, car lui seul sait lâcher prise et s'ouvrir, lui seul connait le chemin.


"Le secret c'est d'entrer dans votre corps, d'entrer dans le sentir. Et ce sentir, vous l'avez tous. Parce-que quant vous faites l'amour, vous êtes dans le sentir, vous n'êtes pas en train de raisonner, de vouloir comprendre ou de faire des spéculations. Au moment de l'orgasme, il n'y a ni problème, ni chômage, ni besoin d'érudition, il n'y a rien, c'est un cri! C'est ça le sentir. (...)Laissez faire cette partie sensitive qui a été méprisée, écrasée par les religions comme par une éducation essentiellement intellectuelle. Soyez simple, laisser le corps capter et n'ayez pas peur que les choses ne se passent pas bien. Lâcher prise à cet énorme monstre qui veut absolument que tout se passe bien. En voulant que tout se passe bien, vous passer de l'état d'amour à l'état de devoir, et là, il y a souffrance."

-Luis Ansa "La voie du sentir"-


Dans cet extrait on pourrait croire que Luis Ansa s'adresse à des femmes enceintes!

Et je le rejoins complètement quant il parle du désir de "bien faire". Nous avons toutes envies d'un "bel accouchement" qui se "passerait bien" et à chacune d'y coller tout un tas de projections personnelles ou héritées de notre lignée. Ce processus est normal, mais dans une certaine mesure... Car de trop tendre vers un idéal, nous ramène dans un désir de maîtrise et nous sort de cette posture de "captation", d’accueil, ronde et tendre qui est notre meilleur guide pour cet aventure de la maternité.


Les moments où nous avons besoin de lâcher prise dans nos vie sont des passages. Des seuils de transformation. Lâcher prise c'est accepter de mourir à une partie de ce qui est pour s'ouvrir au nouveau. Et comme nous sommes des experts en esquives et autres fuites, nous avons souvent besoin d'être secoué, essoré, poussé loin par nos expériences de vie, pour accepter de déposer les armes, d'abandonner, de lâcher.

Avez vous déjà vécu des moments de mal être tel que, désespéré, vous vous allongez sur votre lit et vous vous dites: "c'est trop, c'est vraiment trop de souffrance, aller, je laisse tomber, j'abandonne, je meurs..."? Et au moment même où vous acceptez vraiment de "mourir", miracle! vous ne mourrez pas du tout, mais tout bascule, quelque chose d'imperceptible se dissout, se transforme et le poids qui vous paraissait insupportable quelques minutes plus tôt devient d'un coup, beaucoup plus léger. C'est cela "lâcher prise".


Le "lâcher prise" dont on parle lors d'un accouchement est un peu différent du lâcher prise que l'on peut vivre à d'autres occasions de notre vie. Celui de la naissance vient profondément questionner la confiance que l'on a dans la vie. Est-on prêtes à s'ouvrir à ce point? Est-on prêtes à prendre le risque de donner la vie? Et surtout est-on prêtes à mourir?

Car c'est bien de ça qu'il s'agit. Est-on prêtes à lâcher la femme que nous étions et qui va mourir ce jour pour renaître à quelque chose de complètement inconnu?

Est-on prêtes à dire OUI à tout ça? Est-on prêtes à dire OUI quoi qu'il arrive?


Tout au long de l'accouchement nous somme invités à devenir un grand Oui. Ouverte de la gorge au bassin. Et c'est très difficile de devenir un grand OUI! A quel moment de nos vie arrivons-nous à être dans une acceptation totale de chaque instant, dans un Oui permanent à ce qui nous arrive? Pas si souvent que ça hein! Ou en pointillé.

Et bien le grand challenge de la naissance c'est de se dépasser, de transcender nos fonctionnement et nos résistances habituels. Pour une fois, essayer d’accéder à cet état d'acceptation total, à ce grand OUI à la vie pendant plusieurs heures! C'est à travers ce OUI grand ouvert que votre enfant naîtra.






Je vous propose ci-joint une expérience de relaxation, pour s'initier à la puissance du OUI!

La pratique du OUI:



















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