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  • Julie Lemaitre

La péridurale!

Mis à jour : mai 6


La péridurale ! Sujet épineux car potentiellement clivant !

Tentons quand même l'expérience...

Je ne pourrais jamais dire : je suis pour ou contre la péri. Car toute chose créée en ce monde porte un potentiel fécond et destructeur, positif et négatif.

La péridurale ça a été une révolution pour la génération de nos mères. J'entends encore la mienne parler de "L'accouchement sans douleur" ! Le rêve absolu !

Et effectivement, une péridurale bien utilisée, c'est merveilleux. Elle vient soulager la douleur lorsque le travail bloque ou stagne, lorsque la femme n'arrive plus à trouver de ressources suffisantes en elle. C'est un appui potentiel soutenant et efficace. Seulement, chez nous, elle est utilisée de manière quasi-systématique, et non plus comme une ressource, mais comme un protocole quasi-obligatoire.

Or, cet acte médical, médicamenteux n'est pas sans conséquences. Les femmes qui accouchent sont au courant des bienfaits de la péri, mais sont elles suffisamment informées des conséquences de la péri sur leur corps et sur celui de leur bébé, sur le processus de leur accouchement ?


"La péridurale est une libération pour les femmes si elle n'est pas imposée et si on applique le consentement éclairé de la patiente, elle doit connaître les effets secondaires majeurs :risque accru d’hémorragie, chute de tension artérielle, le vrai accident de pose qu'on appelle la brèche qui invalide vraiment la femme dans les suites de couches, et le plus courant, le risque de ralentissement du travail si elle est posée trop tôt.(...)La femme at elle besoin de médicament pour accoucher? S'occuper d'elle, est ce juste la médicamenter ?"



"Injecter pendant des heures de travail des produits analgésiant, des dérivés morphiniques sur une femme qui met quinze, vingt heures pour accoucher et oser lui dire que son bébé ne reçoit rien, c'est un mensonge."


Quand l'information n'est pas assez transmise, on ne peux plus vraiment appeler ça un choix. Et c'est là que se situe le problème. Le problème, c'est quand quelque chose est devenue une telle habitude, qu'on ne se pose même plus de question à son sujet.

Le souci avec la péri systématique, c'est qu'elle coupe la femme du potentiel transformateur de l'enfantement et surtout qu'elle coupe le lien physique et psychique de la mère avec son enfant.

La plupart des enfants d'aujourd'hui naissent seuls. On a pensé à soulager la mère, merveilleux! Mais le bébé ? Cela ne fait pas si longtemps qu'on a commencé à reconnaître que "l'enfant était une personne" ! Mais a-t-on oublié que dans le ventre de sa mère autant qu'au moment de sa naissance, c'est déjà une personne. Pourquoi omet-on qu'il existe un lien psychique puissant entre la mère et son bébé au moment de la naissance et qu'ils ont besoin l'un de l'autre ? Ils ont besoin de se soutenir, de s'emmener l'un l'autre dans cette aventure. Le tissage du lien mère/enfant prends ses racines dés la grossesse et un des moments cruciaux de ce tissage est la naissance. Pourquoi laisse-t-on alors les enfants naître seule ?N'y a-t-il vraiment pas d'autres solutions ?


"Les jeunes adultes sont ils devenus les spectateurs passifs de la naissance de leurs enfants ?"


Or, aujourd'hui, nous savons...De nombreuses études ont étaient faites sur le sujet, notamment aux Etats-Unis, elles prouvent que la péridurale a un impact sur le lien mère/enfant et le développement psychomoteur de l'enfant. Le décrochage psychique qu'elle créer à des conséquences réelles qui ne sont pas assez transmissent aux femmes.


La question de la péridurale pose aussi la question de l'aspect médicale de la naissance. La naissance est elle une pathologie, une maladie? Certaines grossesses sont pathologiques, certaines naissances nécessitent une prise en charge médicale, mais c'est une minorité. Alors que fait-on des autres ? Celles qui ne sont pas pathologiques. Sous prétexte de sécurité, on oublie trop souvent que la maternité et l'enfantement sont des processus naturels et intimes.

Pourquoi passe t'on plus de temps à former les sages-femmes à la pathologie qu'à la physiologie? Une amie sage femme me disait un jour qu'en sortant de sa formation elle ne savait quasi rien sur la physiologie de l'accouchement, qu'elle avait dû se former seule.

Pourquoi ne passe-t-on pas plus de temps à préparer les femmes à enfanter, à leur apprendre à découvrir leur corps, leurs ressources, leurs potentialités, leurs capacités de vivre l'intensité des contractions et d'entrer lien avec leur enfant?

Pourquoi focalise-t-on tant sur le "danger". Ne peut-on pas laisser la vie agir, les processus physiologiques se faire, tout en proposant une sécurité non-intrusive?

Il suffit de regarder les actions menées dans les années 70 à l’hôpital de Pithiviers par Michel Odent, ou encore comment certains pays d’Europe du Nord (notamment les pays-bas) gèrent leurs systèmes de naissance, pour se dire que c'est tout à fait possible de faire autrement. C'est une question de choix politique et de conscience collective. Mais comme à chaque niveau de la société, les changements collectifs, commencent souvent par des changements à l'échelle individuelle.


Martine Texier utilise une image magnifique pour parler de la péri. Elle compare la naissance à l’ascension d'un sommet de montagne, avec tout ce que ça représente d'effort, de découragement, de dépassement de soi, d'élévation. Mais à l'arrivée en "haut" c'est un sentiment d'infini, c'est "l'ivresse du sommet" , le regard de l'enfant qui nous relie à notre profondeur. La médecine, comme elle n'a pas conscience du processus intérieur qui résulte de cette ascension, nous propose de prendre un hélicoptère (la péri de confort) pour atteindre le sommet, car le chemin et dure et long et que ce sera plus confortable en hélico! La question est : l'expérience du sommet sera-t-elle la même ?


Après, c'est un choix personnel. Est ce que j'attends de manière passive, qu'on m'accouche, que les autres me porte, me prenne en charge ? Où est-ce que je prends la pleine responsabilité de mon expérience, de manière active ? C'est un choix qui va au-delà de cette unique expérience, c'est un choix de vie.

Là encore, attention, une femme qui n'en peut plus, qui a tout donné et qui prends la péri n'est pas en train de "raté" son accouchement ou de devenir "passive". Elle trouve une solution, une aide efficace et salvatrice et c'est très bien. D'ailleurs, je suis persuadé qu'une femme sous péri, qui a envie de rester présente à son bébé peut l'être tout autant si ce n'est plus qu'une femme qui accouche sans péri. L'important, c'est l'envie de garder ce lien avec soi et avec son bébé.

Il me vient l'exemple de ma belle-sœur qui après un travail très long, sous péri, se relève au moment du passage de son bébé, pour accoucher debout !

Ici, la péri était salvatrice, elle l'a profondément aidé à trouver de la ressource pendant ce long, long travail mais sans la "couper" de son corps et de son enfant, puisqu'elle a pu trouver la ressource d'accoucher en "femme debout".

Ce qui est triste, c'est la désertion, la passivité à laquelle invite la péri systématique.

Je lisais récemment l'article d'une sage-femme qui déplorais que de plus en plus de couple arrive à la maternité, prenne la péri et regarde des films sur leur I-phone en "attendant que ça se fasse". Ce genre de réalité me désespère au plus au point !

La grossesse et la naissance se vivent DANS nos corps et il semblerait que la plupart des gens aient envie qu'elles se passent au dehors...Nous allons finir par devenir ovipare! On va pondre gentiment nos œufs et attendre qu'ils éclosent ! Comme ça plus de problèmes, plus de douleurs!


Et surtout, je me répète, mais c'est important, ne croyez pas que tous ça: "accoucher en conscience, trouver les ressources en soi" n'est réservé qu'aux "autres", celles qui ont de la chance ou qui sont "mieux" que vous, ou encore les "écolos", les"bobos activiste du naturel". Nous sommes toutes femmes, reliés, si certaines le font, vous le pouvez aussi. Et si vous n'osez pas le faire pour vous, faites le pour vos filles, vos fils, vos petits enfants à venir. Faites le pour la communauté des femmes humaines. Pour que l'on se relève de ces lits d’hôpitaux et que l'on donne la vie debout, dans notre puissance retrouvée.

" Aux femmes qui me dise "Je ne voudrait surtout pas rater ma péri", je réponds:" Je vous souhaite de tout cœur, madame, de ne pas rater la rencontre avec votre bébé. Avec ou sans péri et si vous accouchez sans péri, sachez que votre bébé vous aura fait découvrir que vous pouviez vous faire confiance, lui faire confiance. Lui n'en a pas eu besoin pour arriver".



Les citations de cet article sont tirées du livre de Catherine Coq "Chronique du périnée."




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