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  • Julie Lemaitre

Postnatal, la communauté au service de l'intimité

Mis à jour : mai 6


Dessin: Gabrielle Descours



J'écris ce post, en plein confinement. J'ai découvert il y a quelques jours dans un article, que la majorité des bébés nés pendant le confinement avaient repris leur poids de naissance deux fois plus rapidement qu'en temps "normal". Ce fait, met en lumière l'importance de la fusion mère/bébé des premières heures, des premiers jours post-partum. Lors du confinement, pas de visites, pas d'intrusion dans la bulle parents/bébé/fratrie, pas de sollicitations extérieures. La paix de ces cocons préservés semble avoir créé des conditions optimales pour le bon développement des bébés. Ce qui signifie qu'en temps normal, ce temps "bulle" est peu ou pas assez respecter.


« Le besoin d’intimité ne s’arrête pas avec la naissance. L’environnement qui ne perturbe pas l’accouchement est aussi celui qui ne perturbe pas le premier contact entre mère et bébé.(…).C’est l’instant du première peau à peau et aussi du premier croisement des regards.(…).La rencontre des regards semble être un moment privilégiée de la relation mère-bébé. Mais il y a toujours quelqu’un pour la perturber, tantôt de façon grossière, tantôt de façon subtile. C’est la phase de l’accouchement où il est le plus difficile de protéger l’atmosphère de l’accouchement » Michel Odent


Michel Odent parle ici de la phase post accouchement, mais ce besoin de protection et d'intimité s'étend encore plus loin, dans les jours qui suivent la naissance. Dans notre société, retrouver un corps mince et tonique, reprendre rapidement "la forme" et le travail sont des choses valorisé. Et pourtant cela va complètement à l'encontre des besoins de la mère et de l'enfant. Des études prouvent que les femmes qui reprennent trop vite une activité intense en post-partum, vivent moins longtemps et vieillissent plus vite! Une bonne raison de rester tranquille, de fusionner avec son petit et de se laisser cocooner par son entourage.

Car il y a un équilibre subtil à trouver en post natal. Dans les premiers temps, la création du lien mère-bébé est primordiale. Ce duo doit être préservé au maximum, pour que la "bulle" entre eux, puis au sein de la famille puisse se créer.

Mais pour que la mère soit complètement disponible à son maternage, elle a besoin d'être, elle aussi, materné.

C'est là que la communauté (famille, amies proches, sage-femme) entre en jeu.

Actuellement, dans la majorité des cas, lorsque l'entourage arrive, c'est trop tôt et les soins sont focalisés sur le bébé. Si bien que la jeune maman peut vite se sentir "délaissée", et/ou pas assez prise en compte dans ses besoins.

Or, la jeune mère viens de vivre un des moments les plus bouleversant de sa vie. Que son accouchement ait été transcendant, long, rapide, traumatisant, décevant, facile, joyeux...Elle se retrouve avec un corps chamboulé, les hormones azimutées, son bébé contre elle, si fragile. Une inondation d'amour et un sentiment un peu flou de patauger dans un espace-temps modifié.

Que ce soit le premier ou le cinquième bébé, tout est à recommencer. La voilà totalement nouvelle, dans une nouvelle vie, c'est vertigineux.


Même si la rencontre avec le nouveau-né est pour les membres de l'entourage, un moment fascinant et attendu; c'est important, c'est même primordiale que l'entourage accorde de l'importance à la mère, la félicite, la reconnaisse dans son nouveau statut, dans sa puissance, dans la beauté de ce qu'elle vient d'accomplir.

Les soins et attentions devraient être tournés d'abord vers la mère. L'enfant et la mère sont si fusionnés que tout ce que reçoit la mère est transmis à l'enfant. Plus la mère est "nourrie", heureuse, plus le bébé l'est aussi.

Il y a donc une éducation de l'entourage à faire en amont. La mère prend soin de l'enfant, les autres prennent soin de la mère.

L'idéal étant une présence discrète. Passer le moins de temps possible et pas immédiatement après la naissance, apporter de bons petit plats, des petites attentions et cadeaux aux parents, proposer un massage à la maman, l'écouter, la valoriser...

C'est à la femme aussi de savoir se respecter dans cette phase postnatal, de savoir dire non, et d'aller vers les personnes qui l'inspirent et la nourrissent. C'est l’occasion de faire le tri dans ses relations et d'aller vers ce qui est bon et juste pour elle. Si elle n'a pas eu l'occasion ou le courage de la faire pour elle, elle peut le faire aujourd'hui, pour son enfant.


L'entourage de la jeune mère a besoin de se rappeler que cette femme est une reine, qu'elle vient d'accomplir un acte incroyable et bouleversant.

Prendre le temps de se reculer, d'écouter, et de l'honorer dans ce moment peut profondément changer les choses. Le post natal est un moment fondateur du tissage du lien entre la mère et son enfant. La présence bienveillante et ajustée de l'entourage peut vraiment permettre de contribuer à un tissage harmonieux.


Dans un deuxième temps, la présence d'une communauté de femme autour de la jeune mère est aussi précieuse.


Enfant, nous apprenons beaucoup en copiant sur nos aînées, sur nos parents. Mais en grandissant aussi. Toute notre vie, nous apprenons en copiant. La jeune mère apprend beaucoup en observant les mères qui l'entourent. Mais surtout elle a besoin d'être reconnue par d'autres femmes qui ont vécu la même chose qu'elle. Elle a besoin de se sentir appartenir à cette communauté féminine.

Après mon premier enfantement, je me rappelle avoir ressenti très fort ce besoin de reconnaissance, cet appel en direction de la communauté des femmes. J'étais jeune, aucune de mes amies proches n'était mère. J'avais quelques exemples de femmes qui m'inspiraient autour de moi, mais toutes beaucoup plus âgées que moi. Je ne connaissais, à l'époque , aucuns rituels, je n'avait pas vraiment d'occasions de répondre à ce besoin de reconnaissance, d'appartenance. J'ai pourtant vécu un postnatal très heureux. Mais j'ai gardé cette sensation en moi et j'ai à cœur aujourd'hui, quand une femme vient de mettre au monde son enfant, de l'entourer de cette rondeur, de cette sororité qui m'a manqué lors de mon entrée dans l'univers des mères.


Les cours de rééducations du périnée, les cours de bébé nageurs, de massage bébé, de yoga postnatal...ect Tous les espaces de rencontre entre jeunes mères sont précieux, car ils tissent et nourrissent cette sororité.

Les préoccupations et les émerveillements de la jeune mère sont particuliers et principalement tournés vers le bébé et son maternage. Les personnes de l'entourage ne sont pas toujours sur cette même longueur d'onde. C'est pourquoi les liens avec les autres femmes, les autres mères sont capitaux pour que la jeune maman puisse construire sa nouvelle identité avec confiance.

c'est une période de la vie où elle peut se sentir "vide" ou "étrange". Je me rappelle les mots d'une élève qui me disait:"J'ai toujours été bavarde et extravertie et là, jeune mère, je me retrouvais à être cette femme silencieuse et contemplative, serrant son bébé contre elle, écoutant les conversations, l'air béate. Je ne me reconnaissais pas. Ce n'était pas désagréable, seulement étrange."


Après le pic, le seuil de l'enfantement, il y a comme un creux de vague. Un temps de vide. La femme a vu tous ses repères exploser. La reconstruction de son nouveau "moi" ne se fait pas immédiatement, il y a cette latence, temps suspendu. C'est là que la présence discrète, bienveillante et nourrissante des autres (soignants et proches) est primordiale, car c'est dans ce temps de vide que peuvent apparaître les prémisses de ce qu'on nomme la "dépression postpartum". La fragmentation de son identité peut être déstabilisante voir effrayante, et faire émerger des souffrances latentes. Si toutes ces sensations nouvelles ne sont pas mise en sens, si la femme ne trouve pas suffisamment d'appuis et d'amour autour d'elle, le creux de la vague peut s'installer de manière plus prononcé et devenir difficile.


D.Winnicott Pédiatre et psychanalyste du début du siècle, décrit la phase post natal comme un moment de grande sensibilité et de grande délicatesse qui permet un ajustement fin aux besoins de l’enfant. Pour lui, cette période nécessite de la devenant-mère un oubli de soi, une mise à disposition de son corps et de sa tête que l’auteur compare à un repli, voire à une dissociation. Cette disponibilité, qu’il nomme la préoccupation maternelle primaire, est variable :« Certaines femmes y parviennent avec un enfant et échouent avec un autre…D’autres ne sont pas capables de se laisser à cet abandon ».

Ainsi, après avoir atteint un état d'abandon immense pendant le processus d'enfantement, la jeune mère doit encore aller plus loin dans cet état d'abandon. Sa disponibilité est entièrement absorbée par les besoins de son nouveau-né. Après avoir ouvert toutes les portes pour le laisser naître, elle doit maintenant laisser grande ouverte sa vie pour faire de la place à cet enfant. L'identité qu'elle s'était construite année après année est encore un peu plus mise à mal, mise en recul. Elle se retrouve parfois tiraillée entre l'élan d'amour qui la pousse à mettre son enfant au centre de son monde et son besoin de réinvestir un peu plus sa vie personnelle.

Dans la tradition du yoga comme dans toutes les traditions spirituelles, ce recul de l'ego est recherché. Il est dit que c'est en se dés-identifiant de notre ego(identité) que nous accédons à notre nature profonde, à l'essentiel en nous.

Certaines femmes vont vivre ce processus comme une reconnexion libératrice quand d'autre n'en garderont que la sensation désagréable de se sentir perdu. Et c'est ok dans les deux cas, simplement, il est bon de savoir que ce chaos, cette sensation d’étrangeté, est une occasion de plus de faire un pas vers l'essentiel en Soi, même si cela passe par des phases inconfortables et confrontantes.



Dans cette phase sensible, la symbolisation du passage que vit la femme peut aider à passer ce moment avec plus de fluidité. Des rituels existent, souvent inspirés des peuples premiers.

Notre inconscient n'assimile les choses qu'a travers un langage symbolique. C'est pourquoi les rituels sont si forts et importants pour nous les humains. Symboliser, ritualiser le passage de la femme vers la mère, est une occasion merveilleuse de répondre aux besoins de la femme dans cette période post natal. Besoins d'appartenance, besoins de maternage, besoin de valorisation...


Un exemple:

Le rituel Rebozo.

C 'est  un soin féminin : il est donné par deux femmes. Il vient du Mexique où les femmes là-bas le reçoivent après une naissance.

L’ambition du rituel rebozo est de permettre de : se recentrer, recontacter de la vitalité, de l’énergie et du désir sexuel, éventuellement libérer un vécu (de l’accouchement par exemple), s’offrir un temps pour soi, s’ouvrir à sa féminité.

Les praticiennes se déplacent à domicile. Le rituel se déroule en 4 temps:

- Un massage (à l'huile) à quatre mains, favorisant un relâchement profond

- Un bain chaud/hammam aux plantes

- Temps de sudation sous couvertures

- Un enveloppement/resserrage du corps avec le rebozo en sept points clés du corps (tête, épaules, ventre, bassin, cuisses, genoux, pieds)

Ce temps de soin est un rituel de passage d’un état à un autre : fermeture de l’ancien vers une ouverture à un nouveau. Il marque un passage, une étape à franchir, celui d’une ouverture à soi-même, en tant que femme. Que cette femme soit mère ou non, elle vient en tant que femme dans sa vie. Ainsi, le resserrage avec le rebozo (écharpe/tissu) a une action à la fois au niveau physique, mental et émotionnel, spirituel pour certaines.


Contact praticien (Drôme): delphine-allirot@hotmail.fr




Le témoignage de Sandrine.

3 Grossesses, 3 enfantements, 3 postnatals très différents. Elle nous raconte ces expériences intimes.




Le concept de la matrescence créé par l'anthropologue Dana Raphael pour parler de la mutation de l'état de femme à l'état de mère; a été repris très joliment par Clementine Sarlat. Elle a créé des podcasts autour de cette thématique, que je vous invite à écouter si le sujet vous intéresse.


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