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  • Julie Lemaitre

Quels enfants laisserons-nous à la planète?





La conscience du réchauffement climatique, des incohérences de notre système capitaliste conduisent la plupart d'entre nous à chercher à créer, à construire de nouvelles valeurs plus en lien avec la terre, que l'on regroupe sous le nom d'écologie. Aujourd'hui l'écologie est au-devant de la scène, et c'est très bien !Mais je suis toujours étonnée de remarquer que dans les milles idées merveilleuses qui fourmillent en ce moment pour créer un monde meilleur, la naissance ne figure jamais au programme. On parle d'éducation, d'agriculture, de transport... mais jamais de la naissance.

Alors que je pense que la maternité et la naissance sont les fondements d'un basculement possible de nos valeurs actuelles.

Pourquoi ?


De nombreuses études (dont vous trouverez les sources innombrables dans les travaux de Michel Odent) prouvent qu'il y a un lien entre nos capacités d'empathie, d'altruisme, entre notre lien à la terre, au vivant et nos conditions de naissance.Une de ces études, faite aux États-Unis, montre que les bébés nés avec l'aide d'« ocytocine » de synthèse (c'est à dire près de soixante pour cent des naissances en 2016), sécrètent, étant adulte, beaucoup moins d'hormones responsables de la capacité d'empathie (c'est à dire la capacité à comprendre l'autre, à se relier à l'autre). Les structures de leurs cerveaux responsables de la secrétion de ces hormones sont beaucoup moins actives.

Ces constats ne sont pas à plaquer au premier degré à l'échelle individuelle. Si vous êtes né sous ocytocine de synthèse, vous n'êtes pas forcément moins altruiste qu'un autre ! Mais ramené à l’échelle collective, ces études posent une question : Est-t-on en train de transformer nos capacités humaines innées en médicalisant à outrance la naissance ? Peut-on changer les qualités de l'espèce humaine en modifiant nos conditions de naissance ? Nous avons peu de recul, cela fait à peine un siècle que l'on accouche en milieu médicalisé. Sur les milliers d'années de vie de l’espèce humaine, cent ans, c'est peu. Michel Odent va jusqu'à poser cette question dans un de ses livres : « L'humanité survivra-t-elle à la médecine ? » (Je rappelle qu'il est lui-même médecin).


Autre exemple : certaines tribus amérindiennes avaient compris le lien fondamental entre les prémices du tissage d'amour mère/enfant et le développement du futur petit humain. Ainsi pour « créer » de bons guerriers, ils séparaient dès la naissance la mère du bébé pendant quelques jours. Développant ainsi les capacités d'agressivité du bébé choisi pour devenir un futur guerrier.On peut juger cela comme on le voudra, ce qui importe ici c'est de constater que ces tribus, avaient habilement observé les liens de cause à effet entre les premiers moments de vie du bébé et le développement de ses futures capacités. Ils savaient qu'en influençant ces premiers instants de vie, ils pouvaient bouleverser toute la structure et le développement du petit humain.


Actuellement, dans nos sociétés, nous créons des situations de séparation mère/enfant, des intrusions massives dans la mise en place des premiers liens, mais sans aucune conscience des conséquences à long terme sur les générations futures.Nous créons des conditions de naissance que nous pensons bonnes, car sécuritaires, mais nous n'avons pas conscience que ces conditions sécuritaires favorisent la naissance d'enfants « déconnectés » du vivant, du lien à la mère, et donc à la terre-mère.


Je m'amuse parfois à penser que les chefs d'états qui nous dirigent actuellement presque partout dans le monde sont des bébés nés entre 1950 et 1970. C'est dans ces années que la médicalisation des naissances a été la plus drastique. L'allaitement n'était pas « à la mode » (ou plutôt les vendeurs de lait en poudre avaient trouvé un bon créneau). Les bébés étaient séparés vite de la mère pour effectuer les « premiers soins », peu allaités, on découvrait à peine que « le bébé est une personne » pouvant ressentir des choses et comprendre nos paroles. Bref, ces dirigeants et autres puissants actuels, sont nés dans les conditions les plus propices à une bonne « déconnection » du vivant et de la terre.


Je constate tous les jours dans mon activité de psychomotricienne auprès d'enfants « en difficulté », que lorsque la naissance et les premiers liens avec la mère ont été abîmés, la déconnection se transforme vite en ce que nous nommons « pathologie ». Lorsque le signal d'alarme est sonné pour ces enfants, il est souvent bien trop tard. C'est pendant la grossesse et à la naissance qu'aurait dût se faire l'accompagnement de ces femmes, de ces familles.Et c'est là que la naissance s'inscrit comme une valeur écologique universelle et non réservée aux « écolos ».

Chaque femme a le droit, je dis bien le droit inaliénable de mettre au monde son enfant par elle-même. Chaque femme à le droit d'être accompagnée dignement dans ce parcours, d'apprendre à connaître son corps et ses forces, d'être guidée vers la découverte de ses propres ressources. La grande majorité des femmes enfantent, alors à quand la maternité et la naissance vues comme un lien qui relie toutes les femmes, fleuron d'une écologie universelle pour les générations nouvelles ?Il est indéniable que lorsque la mère vit une naissance heureuse, valorisante, qui la met en lien avec sa puissance, qui la fait se sentir actrice de son enfantement, la connexion avec le vivant est activée pour la mère comme pour le bébé, et le tissage du lien entre les deux a de bien meilleures chances de se faire dans l'harmonie.



Il est prouvé scientifiquement aujourd'hui que les parents qui développent un lien fort d’attachement avec leur enfant se sentent souvent libres d’être différents des modèles véhiculés par la société. Ils se sentent sûrs de leurs valeurs pour l’enfant et trouvent dans leur relation une base de sécurité affective.Ce qui signifie qu'enfanter par soi-même et tisser des liens d'amour solide avec son enfant : REND LIBRE !

Une question se pose donc : Le pouvoir en place a-t-il intérêt à favoriser un système de naissance qui crée un contexte idéal au bon développement du lien parent/enfant ?


Si on y regarde de plus près, quasiment toutes les sociétés humaines ont consciemment ou non perturbé les premiers contacts entre la mère et le nouveau-né. Les sociétés humaines ont toujours eu besoin d'un potentiel d'agressivité fort, pour défendre la communauté, pour survivre...

Aujourd'hui l'humanité est à un moment de transition. Si elle veut survivre c'est non pas le potentiel d’agressivité et de destructivité qu'il va falloir activer chez l'humain, mais bien sa capacité à aimer, à être en lien avec les autres humains et avec l'écosystème dont il fait partie. Or cette capacité à aimer prend ses fondements dans la période qui entoure la naissance. La transition écologique ne se fera pas sans un réel et profond changement de nos systèmes de naissance.


Il existe un très beau film sur l'école des Colibris qui se nomme « quelle planète laisserons nous à nos enfants ? » je me demande moi « quels enfants laisserons nous à la planète ? ».



« Finalement, la solution à tous les problèmes urgents auxquels l'humanité doit faire face exige d'abord le développement des différents aspects de la capacité d'aimer, ce qui inclut un sentiment de compassion pour les générations qui ne sont pas encore conçues. »

Michel Odent

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