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  • Julie Lemaitre

De "Tu accoucheras dans la douleur" à "Tu accoucheras dans l'amour"

Mis à jour : mai 6


Il y a des phrases comme ça, qui se transmettent de génération en génération qu'on connaît, qu'on entends depuis toujours, depuis qu'on est petite. "Tu accoucheras dans la douleur".

Quand on répète à des générations de femmes qu'elles auront mal, elles ont effectivement mal.

Et cela devient, en plus, une puissante croyance collective. "Tu accoucheras dans la douleur" Point.

Cette phrase, sortie du contexte, sans mise en sens, sans interprétation, nous enferme dans une fatalité anxiogène.

On se retrouve pour la majorité d'entre nous à porter inconsciemment la croyance que nous, les pauvres femmes pécheresses, subissons la punition suprême, porter les enfants et les mettre au monde dans la souffrance.

Bêtise sans nom.

Car c'est tout le contraire en réalité. Nos corps sont sacrés et nous avons l'honneur et le privilège de pouvoir créer la vie. La douleur n'est pas une punition, mais un guide précieux dans ce chemin de mise au monde.

Cette fameuse douleur est un mythe à déconstruire, pour pouvoir rebâtir une nouvelle vision de la naissance où la femme ne se vit pas comme une victime passive d'une expérience obligatoirement désagréable, mais comme une actrice pleinement responsable et libre de vivre cette expérience comme elle l'entend.


D'ailleurs, si on y regarde de plus prés, le mot hébreu traduit dans la bible par "douleur" signifie aussi "travail" ou "bien acquis par le travail" ou encore "création". Nous avons donc gardé pendant des centaines d'années cette notion de sacrifice et de punition alors que derrière ce mot "douleur" se cachait un autre sens. Ne dit-on pas de la femme qui accouche, qu'elle est "en travail", en train d'accomplir, en train de créer...L'indication dans cette phrase n'était elle pas tout simplement de dire" attention, la naissance est un travail, une mission sacré, qui va te demander toute ton attention, tout ton cœur, prépare toi "?

Avec une autre traduction, tout se transforme ! Et il pourrait, il y en avoir des tas d'autres de traductions. La question n'est pas de savoir laquelle est la plus juste. La question est de se libérer d'un point de vu qui nous enferme et nous coupe de notre potentiel.

Et même si on n'est pas chrétienne et même si on se sent loin de la pensée judéo-chrétienne, la force de la croyance collective, c'est de s'insinuer partout, sans même que les gens en aient conscience. Alors à nous de nous libérer de ces fausses interprétations, de ces croyances que nous portons et qui nous séparent d'un autre réel possible. D'une autre façon d'envisager et de vivre la naissance. En femme libre.


Cette douleur de l'enfantement est tellement devenue un mythe, qu'on l'a craint sans essayer de la comprendre véritablement. Elle reste cette inconnue à laquelle on essaie de ne pas trop penser :

"Juste un mauvais moment à passer et après, c'est la rencontre avec le bébé", "avec un peu de chance ça va aller vite", "heureusement qu'il y a la péri" ou encore " je vais apprendre toutes les techniques au top pour gérer et maîtriser la douleur"...

Mais dans tous les cas, la peur reste là et nous place en résistance, la rencontre avec cette douleur est alors impossible.


Mais qui est elle, cette douleur ?

Quand on écoute les récits des femmes qui ont accouché, le ressenti de la douleur semble s'étaler sur une immense palette, qui va de l'enfer absolu à la béatitude totale.

Comment expliquer qu'il existe autant de différences d'un récit à l'autre ?

Si on s'en tient au physique pur et dur, la contraction est une douleur musculaire. Un muscle qui se contracte puis se décontracte pendant une ou plusieurs minutes. Rien de plus, rien de moins qu'une contraction musculaire.

Ce qui va changer le ressenti, c'est la charge émotionnelle que l'on va y associer et notre capacité à "lâcher prise".

Pour dédramatiser la charge émotionnelle que l'on place sur cette douleur, il faut d'abord comprendre son sens.

Je trouve que le mot "intensité" convient mieux que le mot "douleur" parce que justement, il renverse la charge de croyances et d'émotions qu'il y a derrière le mot "douleur".

Physiologiquement, l'intensité, c'est le signe que mon utérus se contracte, qu'il fait bien son boulot. Que le col s'ouvre sous ses impulsions et que le bébé descend peu à peu. Si l'intensité est là, c'est que le travail se fait. Que mon corps travail à s'ouvrir, s'ouvrir pour laisser glisser mon bébé dehors.


L'intensité va aussi m'indiquer si mon bébé est bien positionné ou s'il y a quelque chose qui bloque. Si on accepte de travailler en équipe avec cette sensation, elle va pouvoir nous guider et nous indiquer où se situe les bocages s'il y en a...On devient alors actrice de la naissance puisque à même de trouver une solution efficace face à ces indications: changer de position, demander à être seule ou plus entouré, demander un massage ou un appui à un endroit précis, changer sa façon de respirer...ect


La merveilleuse nouvelle, c'est aussi que notre corps produit par ses propres moyens 3 formidables hormones qui vont peu à peu atténuer la sensation d'intensité. Des antalgiques naturels en quelques sortes. Ces hormones sont sécrétées de plus en plus et de plus en plus forts pendant les pauses entre les contractions.

Ces fameuses pauses sont donc des moments cruciaux de l'enfantement. Plus vous vous détendez profondément pendant ces entre-deux, plus votre corps va secréter ces hormones anti-douleur et se régénérer. Par contre si entre les contractions, il y a remonté du stress en pensant à la prochaine contraction, ce processus se met en place moins facilement.

Si je me sens en sécurité, soutenue, aimée, touchée, embrassée par mon(a)partenaire, certaines de ces hormones seront sécrétées encore plus.

La physiologie du corps est parfaite, tout est prévu !


Ces hormones vont nous aider aussi à changer d'état de conscience. Si je suis le processus naturel, inscrit dans mon corps, je vais être emmené loin dans l'ouverture de mon corps et dans l'ouverture de ma conscience. Dans un espace où l'intensité devient une sorte de vague qui m'emmène toujours un peu plus loin ; dans un espace où je vais pouvoir rejoindre l'âme de mon bébé et télécharger une nouvelle version de moi-même, qui inclue la mère que je deviens.

On revient de cet espace imbibé d'amour et transformé pour toujours.

Ce processus n'est pas réservé à une élite de femmes super préparées, super chanceuses ou super zen. C'est le processus naturel de l'enfantement, qui existe depuis les prémisses de l'humanité et qui est accessible à chacune. Il n'y a rien à faire, seulement à défaire l'énorme tas de croyances, de peurs et de méconnaissances que l'on a collé sur le dos de la naissance. Parce qu’en vérité, on n'accouche pas dans la douleur, on accouche dans l'amour.

"Tu accoucheras dans l'amour".


Et c'est scientifiquement prouvé !

L'hormone qui régit principalement le processus de l'accouchement est l'ocytocine. Cette ocytocine est bien connue aujourd'hui, on l'appelle l'hormone de l'amour. C'est cette hormone que l'on sécrète quand on fait l'amour, quand on mange quelque chose qu'on aime, quand on se fait plaisir, en bref quand on kiffe la vie, quand on aime, quand on jouit!

Lors de l'enfantement, la sécrétion d'ocytocine augmente progressivement pour finir par atteindre un pic prodigieux, inégalable. Il n'y a aucun autre moment dans la vie d'un être humain, où la sécrétion d'ocytocine est aussi forte.

Ce qui explique en partie l'impression d'être "shooté" ou l'état de béatitude qu'expriment certaines femmes après la naissance.

Le fait que la naissance soit médicalisée, donc sortie du contexte de l'intimité, du foyer, nous fait souvent oublier que c'est avant tout une expérience profondément intime qui nous demande d'être dans un lien amoureux avec nous-même et avec le vivant.

Cette hormone de l'amour, pulsée dans notre corps tout au long de l'accouchement n'est elle pas la preuve de cette affirmation?:

"Tu accoucheras dans l'amour" baignée dans un flot d'amour dont tu n'a même pas idée.

Il n'y a qu'un endroit dans la vie où l'on peut expérimenter cela et c'est à nous les femmes que cette chance est offerte.

À nous d'en assumer l'honneur, à nous d'accepter l'intensité d'amour de cette expérience.

Alors ne nous trompons pas, je ne fais pas l'apologie d'un accouchement idéalisé, parfait où la douleur n'est rien...

L'enfantement est une histoire d'amour.

Avez-vous déjà vu ou vécu des histoires d'amour sans intensités, doutes, angoisses, jouissance,déceptions,tendresse,frustrations, puissance ?

C'est une aventure qui n'est ni calme, ni facile, comme toutes les aventures vivantes. Une histoire d'amour dont on effacerait les creux, les intensités, les aspérités serait elle aussi jouissive ?

"Tu accoucheras dans l'Amour", allons nous accepter le voyage qui nous est proposé dans son entièreté ?


"L'amour, par nature, met en danger. L'amour nous emporte au large, loin des estuaires et des ports de plaisance. Il décoiffe les anxieux, les craintifs, les inquiets."

-Christiane Singer-




Je vous propose dans cette vidéo une pratique de yoga. La posture des lacets (interprétation de Gomukasana). Cette posture, en plus de travailler sur les articulations du bassin, permet d'expérimenter comment on se place face à l'intensité d'une sensation corporelle. Face à cette intensité : est ce que j'ai envie de fuir, est ce que ça m'énerve, est ce que je peut "respirer avec", accepter, est ce que je résiste ? Petit "entraînement " pour observer et travailler la façon dont on réagit instinctivement face à l'intensité et donc potentiellement face à l'intensité des contractions le jour J.


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